NOTE D'INTENTION
Mettre
en scène telle
ou telle pièce, au gré des divers projets
que l’on génère ou qui s’offrent à nous,
c’est à chaque fois choisir de voyager
dans un monde différent, du plus
profond au plus léger, du plus signifiant au
plus insouciant.
Et puis parfois, entre deux créations contemporaines,
c’est céder à la tentation d’aller
chiner du côté du grand répertoire,
pour le plaisir de se frotter à l’une
de ces rares œuvres qui savent être tout ça à la
fois.
Ainsi tout récemment, au beau
milieu de mes lectures, lorsque je suis retombé sur
La Locandiera de Goldoni, je suis resté en état
de choc. Car il s’agit sans aucun doute d’un
modèle de dramaturgie, d’un chef d’œuvre
absolu. Huit personnages, tous aussi passionnants les
uns que les autres, pour raconter une auberge, son
personnel, sa clientèle, l’état
d’une société, la richesse et la
pauvreté, le monde du théâtre,
la condition de la femme et d’une manière
générale, tout ce qui peut régir
le commerce que cette dernière doit entretenir
avec les hommes.
Tout ceci à travers le portrait magistral d’une
femme déterminée à garder sa liberté,
en plein XVIIIéme siècle. Sans aucune
inutilité, sans la moindre longueur, Goldoni
nous offre là un équilibre parfait, entre
fable sociale et comédie de mœurs, avec
autant d’ironie que d’invention, autant
de cruauté qu’un sens inégalé du
grand divertissement.
Seulement voilà, vouloir montrer une telle œuvre
aujourd’hui, c’est devoir trouver un théâtre
qui, dans ces temps difficiles, n’hésitera
pas à se donner les moyens d’une esthétique
nécessairement ambitieuse. C’est surtout
et avant tout trouver l’actrice qui saura être
la Locandiera !
Autant dire un ensemble de conditions
bien difficiles à réunir, à moins
d’un miracle.
C’est bel et bien ce qui est arrivé à ce
projet concocté et finalisé avec passion
au Théâtre Antoine que je retrouve avec
bonheur.
Cristiana Reali a aujourd’hui toute la maturité requise
pour révéler les innombrables nuances
d’un rôle qui requiert autant de puissance
que de malice, autant de drôlerie que d’abattage.
Autour d’elle, une bande d’acteurs extrêmement
virtuoses, inspirés et complices, Pierre Cassignard
en tête, qui je le sais, fera résonner
cette œuvre foisonnante dans ses moindres prolongements.
ALAIN SACHS
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