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Le c½ur au bord des lèvres
«Le théâtre doit parler des causes de la détresse humaine et de sources de la force humaine.» dit le célèbre auteur dramatique anglais Edward Bond.
Et ce n'est pas la pièce JE L'AIMAIS adaptée d'un roman d'Anna Gavalda, qui viendra le démentir. Car jamais le théâtre n'avait été autant le temple des secrets intimes du c½ur humain, surtout lorsqu'on y met de la chair.
L'histoire : face à face un homme et une femme. Lui, la soixantaine, elle la moitié. Chloé vient de se faire plaquer avec ses deux enfants par son mari qui n'est autre que le propre fils de Pierre (Gérard Darmon), semblant porter une certaine admiration à son fils. Tous deux vont passer un week-end à la campagne pour parler. Elle va alors lui balancer ses vérités de mauvais père de famille , de «vieux con taiseux et dédaigneux», lui reprocher son déficit de tendresse. Il va alors lui confesser un secret qui le ronge et raison pour laquelle il est devenu une ombre : il a rencontré une certaine Mathilde, qui l'a ressuscité. Il l'aimait, il a pataugé dans la lâcheté, n'a pas osé quitter son épouse, l'a retrouvée au gré de rendez-vous d'affaires. Il l'a perdue, il l'aime encore, il est comme mort car en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché.
Chloé devient alors spectatrice d'une histoire qui aurait pu être la sienne, et il en déroule le fil, en un flashback avec pauses, retours au présent, ruptures de tension narrative. On assiste alors à deux drames amoureux, qui confrontent deux générations au dilemme de celui ou celle qui, à un moment de sa vie se retrouve en situation de choisir entre la raison et sa passion. Une histoire simple qui touche les âmes d'un homme qui revisite sa vie. Une vie dont il s'est accommodé car c'est moins fatigant.
Tout est pesé au gramme près et au trébuchet. La retenue est de rigueur. Une pudeur entourée d'une myriade de non-dits, et qui révèle toute la grandeur des sentiments qui en découlent. Et c'est là que le théâtre tient du grand art, véritable maître des c½urs surtout quand il sait capter les nuances d'expression sur un visage, lorsqu'il sonde le c½ur et les affres intérieurs d'un homme perdu, d'une femme blessée, les désarrois existentiels.
Gérard Darmon est magistral, impérieux dans son jeu, poignant, intense dans ses regards, se silences, sa fébrilité, ses désordres intérieurs, sa détestation, ses ressassements, déversant les tumultes de ses confidences tel un fleuve ou un souffle fulminant. La réussite de ce drame incarné, discours sensible sur l'incandescence des sentiments ne tient pas seulement à la capacité des interprètes à faire sourdre les émotions mais aussi à une mise en scène originale et économe qui contrôle ses effets, tout en délicate précision, dans la restitution de l'étouffement capiteux des non-dits coupables. Refusant tout accent mélodramatique, toute facilité emphatique, le metteur en scène a ainsi su guider ses acteurs jusqu'à des territoires d'interprétation plein de justesse et d'exigence.
L'amour, le renoncement au bonheur, l'épaisseur de la mémoire et la profondeur de l'instant mais aussi l'angoisse existentielle chauffée à blanc chez des êtres à la sensibilité à fleur de peau et un homme consumé par un feu intérieur... Cette pièce concentre tous les ingrédients qui attestent de la grandeur du théâtre pour sonder les chamades et les secrets du c½ur humain, le cliquetis de nos horloges intimes...
Dominique Parravano - PARU VENDU
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